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| Le choix des armes

Extrait du livre BODYBOARD HARDCORE SPIRIT.

Entre la voiture de Fangio et celle de Shumacher, des années de tâtonnements et d’essais plus ou moins fructueux se sont succédé avant de découler sur un design et des performances inimaginables aux débuts de la course automobile.
En bodyboard, c’est pareil. Les avancées technologiques et chimiques ont transformé presque intégralement la composition d’une planche, le savoir faire et l’ingéniosité des shapers ont fait évoluer les formes, et la multiplication des riders et des spots a donné naissance à divers styles et approches du bodyboard. De cette émulation mondiale étroitement liée au développement même de l’outil sportif, à savoir la planche, résulte l’invention et la réalisation de manoeuvres de plus en plus extrêmes. Toujours plus haut, plus fort, plus vite…

Quelles sont les limites du bodyboard ? Les a-t-on déjà atteinte ?
Shapers comme riders vous diront la bouche en coeur que le bodyboard ne connaît pas de limites !
Pour les uns, les combinaisons des différents matériaux, formes et options ne sont pas encore épuisées. Et quand cela arrivera d’autres mousse auront fait leur apparition et se sera reparti pour un tour… Les autres reprennent le discours implacable de leurs “board customers” et s’enflamment en évoquant les vagues encore vierges déroulant sur la planète ou la nouvelle dimension ouverte par le tow-out. Là aussi, les enchaînements de tricks les plus improbables peuvent se transformer en réalité. Qui vivra, verra…

Au coeur du Shape (Matos)

- Dis papa, comment on fait les bébés ?
- Hé bien, tu vois ce bodyboard, c’est un petit pain de mousse léger et résistant qui permet de s’amuser dans les vagues quand on va à la plage. Il est fabriqué à la main par un monsieur qu’on appelle un shaper et il y en a de toutes les tailles et de toutes les formes. Et c’est parce que ta mère a fait un « canard » sous mon nez que t’es là … T’as compris !

La majorité des riders achète leur board dans un shop et non chez un shaper. D’abord parce que ces derniers ne courent pas les rues. Ensuite parce qu’il vaut mieux avoir des demandes spécifiques ou introuvables sur le marché, ou être un pros… Les modèles de série reprennent les combinaisons idéales de template/core/options existantes. Entre une entrée et un haut de gamme, chaque marque propose un choix important de planches. Vous devez choisir celle-ci en fonction de votre style, de votre gabarit, du type de vagues que vous surfez le plus souvent, de la fréquence de vos sessions et bien sûr essayer de rentrer tout ça dans un budget honnête ! Il ne reste plus qu’à tomber sur un vendeur qui s’y connaît et qui sera capable, en fonction de vos critères, de bien vous diriger… Bonne chance !

Tout est affaire de style
La forme générale de la planche, l’emplacement du wide point, le type de nose ou de tail dépendent directement du style du rider et de sa pratique.
Polyvalent : Cette planche doit être la plus facile d’accès possible. La forme oblongue de son wide point autorise tous les styles avec une stabilité accrue. Son tail peut être crescent ou bat, ce dernier étant plus propice au prone.
Prone : Allongé sur la planche, le contrôle ainsi que les manœuvres démarrent depuis les épaules. C’est pour cela que le wide point est situé vers l’avant avec un nose large qui permet une meilleure conduite de la planche dans le tube et surtout un bon contact avec la lèvre lors de l’impact pour les projections et des réceptions plus sûres. Le bat tail permet de conserver une bonne position sur une planche de petite taille qui sera plus maniable. Ce tail amène aussi plus de flottabilité et une facilité de contrôle sur le bas-ventre.
Drop Knee : Un wide point centré pour bien équilibrer la planche, un nez étroit avec les coins arrondis ou complètement ronds pour faciliter le passage sur le rail et éviter de planter du nez, un crescent tail pour caler la palme et un simple sinon deux stringers sont les caractéristiques d’une planche de dk.
Stand up : Plus grande qu’un bodyboard classique, la planche de Stand up ressemble vaguement à un shortboard dont le rider s’inspire dans sa glisse. Elle a un nez étroit et un crescent ou un fish tail pour des virages rapides et des remontées radicales vers la lèvre.

La mousse à quoi ? (Les matériaux)
Les différents éléments constituant la planche peuvent être soit collés soit thermo-soudés (soudés à chaud). Que votre planche soit fabriquée aux USA, en Australie, en Europe ou en Asie, le processus de fabrication est le même et la technique de soudage ne dépendra que du type de matériaux utilisés.
La composition du core, du deck et des rails est généralement la même ou du moins sera compatible à leur assemblage.Il existe 3 principaux types de mousses et ses dérivés, chacun possédant des qualités spécifiques comme l’étanchéité, la mémoire de forme, la durabilité, le ressort, la légèreté, etc……

Polyéthylène (PE) : Cette mousse à cellules ouvertes est particulièrement efficace dans les zones où l’eau est fraîche. En effet, l’eau chaude peut parfois provoquer son ramollissement. Elle devient alors trop flexible et développe un “rocker” difficilement rattrapable. C’est pourquoi il est plus intéressant combiné avec un renfort tel qu’un Stringer. Si sa grande souplesse altère la vitesse, sa portance amène une bonne stabilité.

Arcel : Cette mousse de Polyéthylène a une base de Polystyrène à structure en billes. Elle est apparue au milieu des années 80 avec Ben Severson chez BZ. C’est la plus dure et la plus rigide de toutes, ce qui explique sa mémoire quasi parfaite. Mais cette souplesse trop limitée l’a fait quasiment disparaître du marché…

HD30 : Ce noyau en PE a une structure fine à cellules resserrées et closes. C’est le plus léger de tous les pains de mousses et il obtient des résultats très proches du Polypropylène. De par sa structure, il est aussi rigide que ce dernier, tout en restant plus flexible, donc plus maniable.

Polypropylène (PP) : Comparé au PE, la densité du PP est moindre, mais sa rigidité et sa dureté sont accrues. Il est un peu plus lourd que le HD30 mais aussi plus dense et presque trois fois plus rigide (à l’état neuf et dans sa partie la plus épaisse). Sa faible souplesse, sa dureté et sa flottabilité apportent un gain de vitesse conséquent en même temps qu’une légère réduction de sa maniabilité. C’est pourquoi il est souvent associé à un deck et un slick tendres et élastiques. La solidité du PP reste relative quand les contraintes mécaniques sont exercées de manières fortes et répétitives.

Réponse à la FAQ
- Pour le slick, le Polyéthylène en est la base mais sous une forme plus rigide.
- Les stringers viennent en renfort au core, il sert à rigidifier la partie centrale de la planche et accroître l’effet ressort de la board. Ils sont en carbone tressé ou en graphite.
- Une board c’est entre 4 et 12 heures de boulot à la main.
- Quel que soit le pays d’origine, le processus de fabrication est le même.
- Le tail sert à bien se positionner sur la planche selon le style de glisse ou de vagues que l’on cherche.
- Les channels servent à améliorer l’accroche dans les vagues creuses et à réduire la courbe lors des virages radicaux.

Le cordon de vie
Le leash est apparu dans les années 70, inventé par le biarrot Georges Hennebutte. Malheureusement pour lui, faute de ne pas en avoir déposé le brevet, c’est un américain qui s’en est octroyé la paternité et a récolté le pactole qui va avec ! Ce cordon de polyuréthane s’attachait à la cheville aux débuts du bodyboard. Il est ensuite remonté au poignet puis au coude pour faciliter les manœuvres aériennes et la rame.

Le secret de la propulsion
Difficile de donner une paternité à l’invention de la palme. En son temps, Léonard de Vinci en a esquissé un modèle, suivi en 1868 par l’américain Halvor Olsen, a qui l’on attribue le premier brevet pour des “sandales de plages”. Les surfers, quant à eux, pensent que c’est Owen Churchill qui, en 1932 lors d’un voyage à Hawaii, en voyant les natifs tremper des feuilles de palmier dans du goudron et en a eu l’idée. Mais l’année suivante, le 12 juin 1933, dans le port de St Jean de Luz, Louis de Corlieu testa pour la première fois sa tenue de survie dont le principal attrait était les deux espèces de pattes de canard qu’il avait chaussées. Nées de l’idée de créer un équipement de survie complet permettant d’attendre les premiers secours en cas de naufrage, ces “nageoires” ou “propulseurs de sauvetage” n’ont pas immédiatement conquis la Marine Nationale mais plutôt les clubs de nage.
En 1939, Churchill contacta de Corlieu afin de lui racheter le brevet et de s’occuper de la distribution de ses « palmes » sur le marché américain. Un après, il sort son propre modèle qui allait équiper les nageurs de combat et de démolition sous-marine américains ainsi que les hommes-grenouilles britanniques pendant la seconde guerre mondiale.
Depuis, les « Churchill » ont évolué et sont aujourd’hui utilisés par un grand nombre de bodysurfers et de bodyboarders. Elles sont les premières à avoir associer un chausson ouvert avec une voilure large, rigide et surtout courte.

Bodyboard Circus (Manoeuvres)

Si vous n’avez pas sauté de pages, vous avez compris que le bodyboard est en constante évolution depuis sa mise à l’eau par Tom Morey au début des années psychédéliques. Vous savez également que nombreux furent les acteurs de cette pièce dont l’histoire n’est pas encore finie d’écrire… Et vous connaissez les trois styles ou poses du bodyboard : le prone, le dropknee et le stand up.
Le but de ce chapitre n’est pas de décortiquer et de décripter les manoeuvres mais juste de vous en mettre plein la vue et vous donner envie de partir à l’eau les reproduire ! Mais n’oubliez pas qu’il ne sert à rien de brûler les étapes ; apprenez d’abord à lire une vague, travaillez votre glisse et quand vous êtes maître de votre vitesse et de vos placements alors passez aux moves…

Cut-back
Avec le take-off et le bottom turn, le cut-back constitue une manœuvre de base du bodyboard. Indispensable pour recadrer sa trajectoire et optimiser son placement entre deux actions, il est aussi une figure à part entière. Certes de tendance old school, mais planter une gerbe de plusieurs mètres et repartir de plus belle est plus technique qu’il n’y paraît…

Invert
Quelques années et quelques tours de reins plus tard, le bodyboarder est passé du projected air à l’invert. C’est l’élévation naturelle du rider au statut d’oiseau, ou de grenouille volante… Ça dépend du style de chacun. Cette manœuvre n’est pas d’un niveau débutant mais peut être réussie plus rapidement que les rotations si vous avez une bonne lecture de vague, de la vitesse pour frapper la lèvre et surtout de l’engagement. Dites vous qu’il faut des centaines de gamelles avant de décoller son postérieur au-dessus de la vague.

Tube
Son seul nom évoque la glisse dans ce qu’elle a de plus pure. Même si la tendance actuelle est à l’aérial et au spectaculaire, l’essence même du Surfing reste avant tout au fond du tube. C’est la manoeuvre reine qui peut se savourer parfois pendant de longues secondes. Quoi de plus intense que de se faire enfermer au cœur de la vague ? Et quoi de plus jouissif que d’en être recraché ! Chambre verte, chambre bleue, chambre à gaz ?!? On ne parle pas de salon ou de cuisine mais d’un endroit intime d’où ne filtre que ce que l’on veut bien partager…

ARS
Le premier défi à relever fut de tourner sur la vague. Dans un sens, puis dans l’autre… Au fur et à mesure, la rotation s’est faite dans le tube, puis s’est approchée de la lèvre pour finir inévitablement au-dessus du lip. L’étape suivante a été la multiplication des pains, enfin des tricks. Et comme en skate, les combos se sont multiplié : Roll spin, Gorf, Rewind, 720°… L’Air Roll Spin, ou ARS, est quant à lui sorti de l’imagination de l’australien Eppo qui s’ennuyait avec le backflip et le double El Rollo qu’il avait déjà mis sur le marché…

Le Dropknee
Longtemps appelée « pose hawaienne » de par ses origines et celles de son créateur Jack Lindholm, le dropknee a un statut spécial au sein du bodyboard. Mal-aimé en compétition, d’une pratique ardue, il est à sa manière un peu élitiste, ses adeptes inspirent naturellement le respect et les riders les plus hardcores ne s’adonnent qu’à cette religion.
Trois écoles se détachent dans la pratique de cette stance :
- Hawaii bien sûr, avec les pionniers. C’est la glisse à l’état pur, la fluidité, l’agilité et la prestance. Kainoa Mc Gee, David Hubbard, Jimmy Huttaff, Kyle Maligro, …
- La Californie et ses mauvais garçons. Une approche radicale et explosive avec des snaps qui déchirent littéralement la lèvre. Toute la puissance est contenue lors du ride pour n’être lâchée que dans la manœuvre. Paul Roach, Manny Vargas, Raffi Meyer, Paul Cooper, …
- L’Australie et ses riders brut de décoffrages. Un certain classicisme dans la pose mais une glisse constamment à la limite du décrochage. À l’instar des californiens, ils visent le trick final pour exploser. Mason Rose, Matt Lackey, Crispin Hugues, Joe Jordanoff…

Le stand up
Se mettre debout sur un bodyboard ! Voilà qui ne manque pas d’échauffer les esprits des puristes. Pourtant cette variante du bodyboard est apparue dès les débuts du sport. N’ayant aucune autre référence que le shortboard, les riders se sont essayés allongés puis debouts. Et si Lindholm n’avait pas raté son take-off et atterri à genou, peut-être le stand-up serait-il aujourd’hui plus populaire… Mise sous les projecteurs par des génies de la glisse comme Cavin Yap, Chris Won et Danny Kim (qui s’est mis debout car il n’avait pas assez d’argent pour se payer des palmes !), cette discipline reste néanmoins marginale. Sans dérives, le rider doit posséder une maîtrise sans faille de son engin. Que se soit au fond du tube, sur la lèvre ou dans les airs, le stand up, s’il est raillé par certains bodyboarders, est admiré par la plupart des shortboarders.

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